Du rire en livre

L'Affaire est dans le sac en papier, de Boll, Paris, Le Tripode, 2013.

L’Affaire est dans le sac en papier, de Boll, Paris, Le Tripode, 2014.

Premier roman du dessinateur Boll, L’Affaire est dans le sac en papier est un coup de maître. Cette « Affaire » (un meurtre des plus violents), avec un A majuscule s’il vous plaît, saisit le lecteur pour ne plus le lâcher. Non que le suspense soit si palpitant – à vrai dire, la résolution du crime devient vite accessoire. Non, c’est le plaisir de lecture qui tient et retient. On s’amuse, on sourit, on rit même franchement, et l’on poursuit page après page avec délectation, gourmandise. Dans un style enlevé, Boll nous conduit à travers les méandres de la nébuleuse histoire du meurtre de l’infect Jean-Jacques de Tréfond-Trévise. Les enquêteurs comme les suspects, tous typés à outrance, sont l’objet de portraits hilarants. Les premiers, victimes d’une étrange malédiction, tendent à disparaître rapidement dans des circonstances pour le moins originales, tandis que les seconds connaissent des trajectoires… surprenantes. Le tout sur fond de bouleversement social et politique.

Construit comme une mosaïque de récits intercalés, multipliant les focalisations, ce roman excentrique joue avec une inventivité joyeuse sur les codes du roman policier. Et sur les possibilités qu’offrent la mise en page et la typographie. Celle-ci, exceptionnellement mise en valeur dans l’ouvrage, sert le propos avec brio et réveille l’œil. On applaudit le travail de Sandrine Nugue qui a même créé, pour l’occasion, un nouveau caractère, l’Injurial. Insertion de graffitis orduriers et d’extraits de journaux plus vrais que nature, de consignes de sécurité ou de comptes rendus de réunions de copropriété musclées, morceaux de journaux intimes et récits à la troisième personne se croisent et démultiplient les versions d’une même histoire, manifestant la complexité d’un réel que l’on ne perçoit jamais que partiellement. Aiguillonné par ces changements formels et stylistiques, le lecteur ne peut s’assoupir. Il échappe à la monotonie, mère de l’ennui. On eût pu craindre que la fantaisie, la farce même, parfois, lassent à la longue ; eh bien, non. La construction solide d’une intrigue farfelue évite l’écueil de la facilité. De plus, l’écriture extrêmement suggestive – le fait que l’auteur soit dessinateur n’y est probablement pas étranger – pique sans cesse l’imagination du lecteur : il voit les scènes, déroule le film, participe au récit. C’est ainsi qu’est contournée la distanciation souvent générée par des textes trop ouvertement comiques ou tirés par les cheveux. Ce que présente Boll dans ce pavé délirant, c’est à la fois le n’importe quoi et le vrai, des élucubrations et une lecture lucide du monde tel qu’il va.

Gageons que la galerie de personnages qui hantent cette sombre Affaire saura intégrer l’univers de vos amis imaginaires. L’inoubliable « homme à la patère » en tête…

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