Un panorama réussi de la civilisation maya

Chac Mool à tête articulée, postclassique ancien (900-1250), Chichen Itza (Yucatan, Mexique). (c) Paisaje Mexicano SA.CV.C. Cliché Ignacio Guevara.

Chac Mool à tête articulée, postclassique ancien (900-1250), Chichén Itzá (Yucatán, Mexique). © Paisaje Mexicano SA.CV.C. Cliché Ignacio Guevara.

Le musée du quai Branly propose actuellement une imposante exposition dédiée aux Mayas, conçue par l’Institut national d’anthropologie et d’histoire mexicain. Quelque 385 pièces conservées dans les musées mexicains sont rassemblées pour l’occasion. Elles disent et montrent qui furent les Mayas dans leur splendide diversité, ce en quoi ils croyaient, la façon dont ils régissaient leurs cités, les arts qu’ils ont développés, etc. Autant vous prévenir : la visite est longue si l’on veut tout voir, lire, admirer !

La civilisation maya s’est développée sur des terres appartenant aux actuels Mexique, Guatemala, Bélize et, dans une moindre mesure, Honduras. Elle a brillé pendant deux mille ans, avant de s’éteindre, peu à peu, jusqu’à disparaître tout à fait sous le joug des Européens. Mais les Mayas en tant que peuple n’ont pas disparu, pas plus que certaines de leurs langues. Ils tentent aujourd’hui d’affirmer leur identité dans des pays où ils ont longtemps été réprimés et marginalisés (c’est parfois encore le cas). Pensons au génocide perpétré au début des années 1980 au Guatemala, dont le procès s’est tenu récemment.

L’exposition s’attache aux ancêtres de ces Mayas, bâtisseurs d’une civilisation glorieuse dont nous embrassons ici les débuts, l’apogée et le déclin. On nous fournit d’abord quelques informations utiles pour appréhender la visite. Par exemple, le cadre temporel : de 1500 avant notre ère à 1550 environ (même si le dernier royaume maya indépendant, celui de Tayasal, dans l’actuel Guatemala, ne se rend qu’en 1697), et géographique. Il est également rappelé que les Mayas ont développé le système d’écriture le plus perfectionné de l’Amérique préhispanique, qu’ils étaient un peuple formé de différents groupes ethniques porteurs de spécificités et de langues propres (on en dénombre trente à l’heure actuelle). Le chol oriental ou maya classique, d’abord langue de prestige utilisée dans les Basses Terres, s’est toutefois peu à peu répandu dans les cités et était utilisé pour les inscriptions gravées sur les monuments.

Panneau de l'autosacrifice

Panneau de l’autosacrifice, classique récent (600-900), Palenque (Chiapas, Mexique), structure XXI. © Musée du site de Palenque Alberto Ruz Lhuillier, Palenque, Chiapas, Mexique. Cliché Ignacio Guevara.

Une fois pourvu de ces renseignements de base, le visiteur, accueilli par un fabuleux bas-relief figurant une scène d’autosacrifice, pénètre dans le vif du sujet. La scénographie est sobre, les objets assez bien mis en valeur, même si l’on regrette parfois de ne pouvoir voir qu’une face (notamment pour les très nombreuses céramiques polychromes). Nous sommes conviés à découvrir les diverses ethnies mayas, les cultures et les cités à travers des sections thématiques qui, bien entendu, ne sont pas exclusives les unes des autres. On commence par envisager les rapports de l’homme et de la nature, avec tout un bestiaire peint et sculpté, du cormoran au jaguar en passant par le coati et la langouste ; puis on en apprend un peu plus sur l’organisation de la société maya, très hiérarchisée, et la vie quotidienne. Stèles, hauts et  bas-reliefs, céramiques peintes illustrent les us et coutumes des Mayas, rappellent l’importance de la guerre – ne serait-ce que pour faire des prisonniers destinés au sacrifice. Les figurines et peintures présentent également les goûts vestimentaires et les canons de beauté en vigueur dans ces sociétés où l’on pratique, par exemple, la déformation crânienne.

Figurine d'une aristocrate maya, classique récent (600-900), provenance inconnue. (c) Musée national d'Anthropologie, Mexico, Mexique.

Figurine d’une aristocrate maya tenant un disque symbolisant l’univers, classique récent (600-900), provenance inconnue. © Musée national d’Anthropologie, Mexico, Mexique.

La troisième section est dévolue à la conception du temps (cyclique) et de l’univers développée par les Mayas. Sont évidemment mis en lumière les fameux calendriers, établis à partir des inventions des derniers Olmèques et considérablement développés et perfectionnés ensuite.. La question de la représentation de l’univers est également abordée. De manière très stylisée, le cosmos pouvait être symbolisé au moyen de cinq points : quatre pour les points cardinaux, et un point central signalant l’endroit où passe l’axe du monde, qui relie le ciel, la terre et l’inframonde.

Nous entrons ensuite dans un bel espace consacré aux cités, avec force éléments architecturaux, parfois imposants. La célèbre Chichén Itzá est mise en avant. Atlantes, sculptures anthropomorphes, cercles de jeu de balle, crânes et têtes décharnées qui ornaient certains temples sont présentés, la plupart du temps sans vitrine, pour notre plus grand bonheur. On reste un peu sur sa faim en matière d’informations sur l’organisation des cités, mais la fascination esthétique est au rendez-vous. L’on revient aux hommes dans l’espace suivant, et plus précisément aux élites gouvernantes et à leur historiographie. La pratique ô combien fascinante de l’autosacrifice, nécessaire du point de vue religieux puisque le sang versé nourrissait les dieux qui eussent péri sans lui, est largement évoquée, avec des bas-reliefs, des peintures ainsi que des objets utilisés lors de ces rituels (aiguillons de raie, poinçons, etc.). Il y a aussi de beaux bijoux en jade ou en or, et des vases polychromes sublimes comme le vase Pellicer, porteur d’une scène de banquet.

De là, nous glissons assez naturellement vers la section dédiée aux forces sacrées, omniprésentes et en perpétuelle interaction dans la pensée religieuse maya. Des figurines plus belles les unes que les autres représentent des divinités, des rituels, des symboles cosmiques. Une vitrine réunit par exemple trois représentations de Chaac/Tlaloc, dieu de la pluie si aisément identifiable grâce aux cercles qui entourent ses yeux, à ses canines proéminentes et au bleu qui l’accompagne. La section suivante nous renseigne sur les pratiques rituelles mises en œuvre par les hommes pour communiquer avec ces puissances divines. Ces rites, sanglants ou non, sont fondamentaux puisqu’ils assurent la survie des hommes, des dieux et de l’univers tout entier ! On trouve là un fantastique Chac Mool à tête articulée, des figurines de chamans, de divinités ou de prêtres, des encensoirs, des autels, de belles statues de prisonniers sacrifiés ou prêts à l’être, des représentations d’hommes se perçant le pénis (pratique autosacrificielle) dont le visage exprime une douleur intense, des couteaux de sacrifice, des excentriques rituels, et une présentation un peu plus détaillée du jeu de balle, commun à diverses cultures mésoaméricaines et dont la finalité est encore discutée parmi les spécialistes (est-elle seulement religieuse ?).

Ecuelle de Becán, classique ancien (250-600), Becán (Campeche, Mexique). (c) Musée régional de Campeche, fort San Miguel, ville de Campeche, Campeche, Mexique. Cliché Ignacio Guevara.

Écuelle de Becán, classique ancien (250-600), Becán (Campeche, Mexique). © Musée régional de Campeche, fort San Miguel, ville de Campeche, Campeche, Mexique. Cliché Ignacio Guevara.

La visite se clôt par une admirable salle toute de noir vêtue, qui traite des rites funéraires. Les Mayas croyaient en la survie de l’esprit après la mort, selon des modalités variées (tous ne gagnaient pas le même au-delà). Par conséquent, ils ont développé des rites funéraires complexes, et enterraient les défunts avec divers objets et, parfois, avec un chien, animal psychopompe, ou même des serviteurs pour accompagner les membres de l’élite. Il y a là de véritables merveilles : l’écuelle de Becán, trouvée dans une tombe royale, avec ses motifs macabres et violents ; les sublimes masques en jade qui recouvraient le visage des défunts et leur conféraient une forme d’immortalité en fixant leur esprit et leur « portrait » par-delà la corruption des chairs ; les têtes en stuc de Pakal, souverain de Palenque, etc. Deux vitrines au sol tentent de figurer des tombes avec leur mobilier funéraire, mais en l’absence du squelette, ce n’est guère parlant. Dommage. Cependant, les éléments de mobilier funéraire rassemblés dans les autres vitrines compensent largement cette petite déception ! On quitte l’exposition rêveur et charmé, comme envoûté par le regard éternel des masques.

Masque funéraire en jade avec ornements d'oreille, classique récent (600-900), Calakmul (Campeche, Mexique), structure XV.

Masque funéraire en jade avec ornements d’oreille, classique récent (600-900), Calakmul (Campeche, Mexique), structure XV. © Musée régional de Campeche, fort San Miguel, ville de Campeche, Campeche, Mexique. Cliché Ignacio Guevara.

© Musée du quai Branly.

© Musée du quai Branly.

Mayas. Révélation d’un temps sans fin, musée du quai Branly, galerie Jardin, jusqu’au 8 février 2014. Présentation de l’exposition sur le site du musée ICI.

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Du merveilleux médiéval au merveilleux pictural

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Chrétien de Troyes. Yvain ou le Chevalier au Lion, Lancelot ou le Chevalier de la Charrette illustrés par la peinture préraphaélite, Paris, Diane de Selliers, 2014.

C’est une tradition saisonnière. Un mal qui frappe les bibliophiles l’automne venu. Comme une démangeaison intellectuelle, une impatience : que sera le nouveau Diane de Selliers ? On l’attend, on l’espère, et l’on n’est jamais déçu. Là est le miracle.

Cette année ne fera pas exception. Le cru 2014 est d’une beauté renversante. Après le remarquable Éloge de la Folie d’Érasme illustré par la peinture de la Renaissance du Nord paru en 2013, érudit et peut-être intimidant pour certains, le nouveau venu semble rassurant, accessible à tous. Ce qui n’enlève rien à sa valeur. C’est simplement que le sujet choisi et son illustration ont un aspect populaire, cet adjectif étant pris sans aucune connotation péjorative. Les chevaliers de la Table ronde et la peinture de la fin du XIXe siècle n’effraient pas, ils font rêver. À juste titre. Et dans cette édition, l’harmonie générée par le rapprochement des romans de Chrétien de Troyes et la peinture préraphaélite est envoûtante.

Entrons dans le détail de la composition de l’ouvrage, textes et images.

Chrétien de Troyes, dont tout le monde a entendu parler, peu ou prou, est l’un des pères de la littérature française. On lui doit divers types d’œuvres, dont les plus fameuses sont incontestablement celles liées au cycle arthurien. Chrétien a en effet su « mettre en roman », c’est-à-dire en langue romane, la matière de Bretagne, mélange de légendes celtiques et chrétiennes, et la rendre célèbre. Le succès fut immédiat et ne s’est ensuite jamais démenti. Dans ce livre sont rassemblés deux de ses romans arthuriens, Yvain ou le Chevalier au Lion et Lancelot ou le Chevalier de la Charrette. Ils forment un diptyque et présentent deux modèles de chevalier, l’un tourné vers la quête de gloire héroïque, l’autre vers l’accomplissement amoureux. Ils manifestent aussi un infléchissement de la légende celtique vers la littérature courtoise, en particulier Lancelot. Grâce soit rendue à l’éditeur qui met en lumière ces textes fondateurs du roman médiéval occidental. La mise en page très réussie et élégante encouragera peut-être les lecteurs à découvrir ces œuvres trop peu lues de nos jours. Car il faut reconnaître que leur présentation en livres de poche ou dans les éditions scientifiques est souvent rébarbative… Ici, le lecteur peut se laisser emporter par les aventures aux mille rebondissements, goûter les dialogues et les descriptions, tout en admirant les images qui ont la part belle dans le volume et séduisent immédiatement.

Nul besoin en effet d’être spécialiste pour apprécier l’esthétique préraphaélite : elle charme, telle une fée. Ces artistes, groupés derrière Rossetti, Morris, Burne-Jones, ont réinventé le Moyen Âge, ils l’ont fantasmé, informé à leur gré, s’inspirant notamment de leur lecture de Thomas Malory, auteur au XVe siècle d’une somme arthurienne intitulée Le Morte d’Arthur, ou des poèmes de leur contemporain Alfred Tennyson. Dans leurs représentations infiniment belles et gracieuses, ils ont placé des symboles, des allégories, des idéaux qui leur étaient propres mais trouvaient dans ce passé mythique et chevaleresque un écho parfait.

Non content d’éblouir le lecteur, cet imposant volume sous coffret (et le coffret est en soi une merveille !) rassemble des textes qui permettent d’en apprendre davantage sur l’œuvre médiévale, avec l’introduction de Philippe Walter, grand spécialiste du sujet, et sur les préraphaélites, avec l’introduction de l’historienne de l’art Laurence des Cars et les annexes scientifiques. Grâce à eux, on comprend mieux la parenté des valeurs qui unissent par-delà les siècles les préraphaélites au monde arthurien ; on apprécie davantage la recherche d’exactitude historique des peintres, et leur amour de la littérature médiévale ou inspirée par les légendes médiévales. Espérons donc que les heureux possesseurs du livre ne se contenteront pas de l’exposer sur les (solides) rayons de leur bibliothèque : c’est en le lisant qu’ils pourront s’immerger dans la spiritualité et l’ineffable poésie de l’ensemble.

Ici, le lien vers la présentation du livre sur le site de l’éditeur, où vous pouvez notamment feuilleter l’ouvrage.

D’Emma à Gemma, et vice versa

Gemma Bovery, par Posy Simmonds, Londres, Jonathan Cape, 2001.

Gemma Bovery, par Posy Simmonds, Londres, Jonathan Cape, 2001.

Récemment sorti dans les salles de cinéma, le film d’Anne Fontaine, comédie légère portée par deux acteurs parfaits (Gemma Arterton et Fabrice Luchini) a eu le grand mérite de remettre en lumière le remarquable Gemma Bovery de Posy Simmonds, auteur que l’on connaissait déjà pour son délicieux Tamara Drewe, également porté à l’écran sous la houlette de Stephen Frears en 2010.

Ce roman graphique, à lire absolument en anglais (la langue est très accessible) n’est en effet pas nouveau, puisque sa première publication en album date de 1999 (il était initialement paru en épisodes dans The Guardian), mais ceux qui, comme moi, ne sont pas familiers du genre avaient pu passer à côté. Réparez vite cette erreur ! C’est un véritable bonheur que de s’immerger dans cette œuvre qui offre une relecture amusée et néanmoins réussie du roman de Flaubert à travers le regard de Raymond Joubert, boulanger de son état et narrateur du récit. Notre homme, curieux, tombe bientôt sous le charme de sa nouvelle voisine venue d’Angleterre, dont le nom est si lourd de résonances littéraires. Mais, tel un auteur doté du pouvoir d’infléchir le cours des destinées de « ses » personnages, ne serait-il pas responsable de ce qui arrive ? Moqué avec tendresse par Posy Simmonds, il déroule pour nous le fil des événements, tantôt parlant de la situation présente ou de ce qu’il a vu, tantôt lisant (et commentant, parfois avec humeur !) le journal intime de Gemma.

Tout commence par l’évocation d’un drame, dont Joubert évoque le triste souvenir et se dit responsable. Puis on revient en arrière, aux origines de l’histoire, alors que Gemma vit encore en Angleterre. On l’accompagne lorsqu’elle rencontre Charlie, lorsqu’ils se marient, lorsqu’ils viennent s’installer à Bailleville en Normandie. On voit venir, sous la plume de Gemma et à travers les observations de Joubert, la lente désillusion, l’ennui (nous voici ramenés à Emma Bovary !) et l’usure du couple… Jusqu’au jour où la jeune anglaise rencontre un jeune noble, nouveau Rodolphe aux yeux de Joubert. Ensuite… chut, à vous de le découvrir !

L’écriture est intelligente, l’humour omniprésent. Les petites choses du quotidien, les rêves brisés, l’engouement amoureux et la jalousie, les tracas divers, tout est parfaitement senti et retranscrit, donnant au lecteur une impression de vérité. Les personnages ont une certaine profondeur, et les échos au roman ô combien célèbre de Flaubert sont adroits, jamais pesants. Ah, la scène des boulettes de mie de pain !

Pour la forme enfin, on a bien affaire à un roman graphique, et non à un simple roman illustré : le texte et l’image interagissent, ou plutôt, les niveaux de textes et les différents types de dessins, de l’ébauche nerveuse à la vignette en passant par le grand format soigné (le tout en noir et blanc, seule la couverture est colorée). C’est un régal !

Voilà le compagnon idéal d’un week-end automnal (with a cup of tea, of course). Ensuite, vous relirez Flaubert. Car ce Gemma Bovery est aussi un chant d’amour à l’immortel Emma Bovary et, plus généralement, au pouvoir de la littérature, bigger than life.

Quand le tatouage était encore un marqueur d’altérité

 Vive la France et les pommes de terre frites ; Le passé m’a trompé, le présent me tourmente, l’avenir m’épouvante ; Plutôt la mort que de changer.

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À fleur de peau. Médecins, tatouages et tatoués (1880-1910), édition établie et présentée par Philippe Artières, Paris, Allia, 2004.

Voici, parmi d’autres, trois exemples d’inscriptions relevées par le docteur Lacassagne dans sa « classification des dessins de tatouages ».

Nous sommes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. À cette époque, les tatoueurs professionnels sont rares et le tatouage commercial n’existe pas. Il constitue plutôt un récit imagé, l’autobiographie de celui qui le porte et, parfois, se le fait lui-même, avec les moyens du bord. Les médecins, anthropologues et moralistes à la fois, s’y intéressent, alors que se développent en France le bertillonnage et autres procédés destinés à identifier, de manière fiable, les criminels, les marginaux, les fous.

Perçu comme un marqueur d’altérité et de marginalité, le tatouage est étudié au sein de certains groupes de populations qui en sont friands : les militaires, les marins, les prisonniers, les aliénés, les prostituées. Alexandre Lacassagne établit ainsi en 1881, à partir de l’observation de 550 individus, une typologie des tatouages. Les résultats de son enquête, que présente le livre, sont accompagnés d’une mise en avant de son utilité : le tatouage permet d’identifier un criminel et donne des informations sur sa vie, son parcours. Le ton de ce document est souvent condescendant, et le discours porteur des préjugés contemporains, ce qui le rend particulièrement intéressant, en dehors même de son sujet : il constitue en soi un témoin des mentalités du temps.

Le livre propose ensuite quelques « vies de tatoués » empruntées à divers articles scientifiques de l’époque (dont un texte de Lombroso, passé à la postérité pour ses théories selon lesquelles – je simplifie – la criminalité était héréditaire et se caractérisait par des signes physiques spécifiques). Au fil des récits surgissent des silhouettes de tatoués et de tatoueurs. On découvre des vies extraordinairement mouvementées, violentes, hautes en couleurs. On est loin du tatoué par effet de mode qui court aujourd’hui les rues !

Un large échantillonnage de reproductions de tatouages agrémente la lecture. Ces dessins n’illustrent pas directement le texte qui les enserre, ce qui est parfois frustrant, mais ils n’en constituent pas moins un apport essentiel, et plaisant.

Laissez-vous donc séduire par le musculeux moustachu qu’arbore la couverture de ce petit volume : vous ne serez pas déçus !