Quand le tatouage était encore un marqueur d’altérité

 Vive la France et les pommes de terre frites ; Le passé m’a trompé, le présent me tourmente, l’avenir m’épouvante ; Plutôt la mort que de changer.

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À fleur de peau. Médecins, tatouages et tatoués (1880-1910), édition établie et présentée par Philippe Artières, Paris, Allia, 2004.

Voici, parmi d’autres, trois exemples d’inscriptions relevées par le docteur Lacassagne dans sa « classification des dessins de tatouages ».

Nous sommes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. À cette époque, les tatoueurs professionnels sont rares et le tatouage commercial n’existe pas. Il constitue plutôt un récit imagé, l’autobiographie de celui qui le porte et, parfois, se le fait lui-même, avec les moyens du bord. Les médecins, anthropologues et moralistes à la fois, s’y intéressent, alors que se développent en France le bertillonnage et autres procédés destinés à identifier, de manière fiable, les criminels, les marginaux, les fous.

Perçu comme un marqueur d’altérité et de marginalité, le tatouage est étudié au sein de certains groupes de populations qui en sont friands : les militaires, les marins, les prisonniers, les aliénés, les prostituées. Alexandre Lacassagne établit ainsi en 1881, à partir de l’observation de 550 individus, une typologie des tatouages. Les résultats de son enquête, que présente le livre, sont accompagnés d’une mise en avant de son utilité : le tatouage permet d’identifier un criminel et donne des informations sur sa vie, son parcours. Le ton de ce document est souvent condescendant, et le discours porteur des préjugés contemporains, ce qui le rend particulièrement intéressant, en dehors même de son sujet : il constitue en soi un témoin des mentalités du temps.

Le livre propose ensuite quelques « vies de tatoués » empruntées à divers articles scientifiques de l’époque (dont un texte de Lombroso, passé à la postérité pour ses théories selon lesquelles – je simplifie – la criminalité était héréditaire et se caractérisait par des signes physiques spécifiques). Au fil des récits surgissent des silhouettes de tatoués et de tatoueurs. On découvre des vies extraordinairement mouvementées, violentes, hautes en couleurs. On est loin du tatoué par effet de mode qui court aujourd’hui les rues !

Un large échantillonnage de reproductions de tatouages agrémente la lecture. Ces dessins n’illustrent pas directement le texte qui les enserre, ce qui est parfois frustrant, mais ils n’en constituent pas moins un apport essentiel, et plaisant.

Laissez-vous donc séduire par le musculeux moustachu qu’arbore la couverture de ce petit volume : vous ne serez pas déçus !

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