D’Emma à Gemma, et vice versa

Gemma Bovery, par Posy Simmonds, Londres, Jonathan Cape, 2001.

Gemma Bovery, par Posy Simmonds, Londres, Jonathan Cape, 2001.

Récemment sorti dans les salles de cinéma, le film d’Anne Fontaine, comédie légère portée par deux acteurs parfaits (Gemma Arterton et Fabrice Luchini) a eu le grand mérite de remettre en lumière le remarquable Gemma Bovery de Posy Simmonds, auteur que l’on connaissait déjà pour son délicieux Tamara Drewe, également porté à l’écran sous la houlette de Stephen Frears en 2010.

Ce roman graphique, à lire absolument en anglais (la langue est très accessible) n’est en effet pas nouveau, puisque sa première publication en album date de 1999 (il était initialement paru en épisodes dans The Guardian), mais ceux qui, comme moi, ne sont pas familiers du genre avaient pu passer à côté. Réparez vite cette erreur ! C’est un véritable bonheur que de s’immerger dans cette œuvre qui offre une relecture amusée et néanmoins réussie du roman de Flaubert à travers le regard de Raymond Joubert, boulanger de son état et narrateur du récit. Notre homme, curieux, tombe bientôt sous le charme de sa nouvelle voisine venue d’Angleterre, dont le nom est si lourd de résonances littéraires. Mais, tel un auteur doté du pouvoir d’infléchir le cours des destinées de « ses » personnages, ne serait-il pas responsable de ce qui arrive ? Moqué avec tendresse par Posy Simmonds, il déroule pour nous le fil des événements, tantôt parlant de la situation présente ou de ce qu’il a vu, tantôt lisant (et commentant, parfois avec humeur !) le journal intime de Gemma.

Tout commence par l’évocation d’un drame, dont Joubert évoque le triste souvenir et se dit responsable. Puis on revient en arrière, aux origines de l’histoire, alors que Gemma vit encore en Angleterre. On l’accompagne lorsqu’elle rencontre Charlie, lorsqu’ils se marient, lorsqu’ils viennent s’installer à Bailleville en Normandie. On voit venir, sous la plume de Gemma et à travers les observations de Joubert, la lente désillusion, l’ennui (nous voici ramenés à Emma Bovary !) et l’usure du couple… Jusqu’au jour où la jeune anglaise rencontre un jeune noble, nouveau Rodolphe aux yeux de Joubert. Ensuite… chut, à vous de le découvrir !

L’écriture est intelligente, l’humour omniprésent. Les petites choses du quotidien, les rêves brisés, l’engouement amoureux et la jalousie, les tracas divers, tout est parfaitement senti et retranscrit, donnant au lecteur une impression de vérité. Les personnages ont une certaine profondeur, et les échos au roman ô combien célèbre de Flaubert sont adroits, jamais pesants. Ah, la scène des boulettes de mie de pain !

Pour la forme enfin, on a bien affaire à un roman graphique, et non à un simple roman illustré : le texte et l’image interagissent, ou plutôt, les niveaux de textes et les différents types de dessins, de l’ébauche nerveuse à la vignette en passant par le grand format soigné (le tout en noir et blanc, seule la couverture est colorée). C’est un régal !

Voilà le compagnon idéal d’un week-end automnal (with a cup of tea, of course). Ensuite, vous relirez Flaubert. Car ce Gemma Bovery est aussi un chant d’amour à l’immortel Emma Bovary et, plus généralement, au pouvoir de la littérature, bigger than life.

Publicités

2 réflexions sur “D’Emma à Gemma, et vice versa

  1. Chère Chryseia, je n’ai pas encore lu « Gemma Bovery », ni vu le film, mais c’est au programme… En revanche, j’ai lu « Literary life » de Posy Simmonds que je te conseille vivement ! Rien que la présentation de ces « scènes de la vie littéraire » par Posy Simmonds, me fait sourire : « Ces chroniques ont paru chaque samedi entre 2002 et 2005 dans « The Gardian Review », supplément littéraire du célèbre quotidien britannique. Ma seule consigne était que tout devait tourner autour de la vie des lettres. Je travaillais en flux tendu – recherche d’une idée le lundi, fol espoir de l’avoir trouvée le mardi, et le mercredi, jour de remise, frénésie de travail matinal, en robe de chambre parmi les miettes de toast. Puis à 11 h 50, course jusqu’au bureaux du journal, au bout de la rue (mais pas en robe de chambre) pour livrer ma planche. Le reste du mercredi était en général consacré à un lunch bien mérité. »

    • Chère Flopsy, si je pouvais, je lirais tout ce qu’a écrit Posy Simmonds ! Mais j’ai déjà tant de livres en attente… Je note cependant « Literary Life » dans ma liste de futurs achats. Merci pour cette citation en tout cas !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s