Au paradis du sac

Abrité au sein d’une superbe maison de maître du XVIIe siècle sise au bord d’un canal, le Tassenmuseum Hendrikje propose la plus importante collection de sacs au monde : 4000 pièces rassemblées au fil des années par Hendrikje Ivo, la fondatrice du musée. Le visiteur y découvre les usages, parfois méconnus, de ce compagnon du quotidien devenu un accessoire de mode incontournable. Tandis que les vitrines égrènent les époques, les styles, les modes, on constate combien l’histoire du sac a partie liée avec l’évolution des mœurs et de la société.

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Cette délicate pochette en cuir et soie ornée d’une miniature et d’un poème servait à contenir des lettres d’amour. France, 1806.

La visite commence au troisième étage de l’auguste demeure, avec les pièces les plus anciennes, datant de l’aube de la Renaissance. Par exemple, un sac français en cuir de chèvre doté d’un fermoir en métal, que l’on portait à la ceinture et qui compensait l’absence de poches dans les vêtements de ces messieurs. De là, on suit, d’un étage à l’autre, les métamorphoses du sac, ici poche, là châtelaine, aumônière, bourse, sac à main, valise, minaudière, réticule, etc. Du contenant utile au sac contemporain, objet de désir, il y a plus de cinq siècles d’histoire. Les formes et les couleurs de tous ces sacs laissent parfois rêveur (voire dubitatif). Ainsi ces sacs en perles de verre au décor étrangement kitsch (excusez l’anachronisme) des XVIIIe et XIXe siècles, qui rappellent les canevas ornant les salons de nos aïeux, ou le rutilant sac de soirée Cupcake créé par Judith Leiber en 2007. Les goûts et les couleurs…

Une des vitrines du musée.

Une des vitrines du musée.

Ce qui est fascinant, c’est la multiplicité des fonctions dévolues au cours des siècles aux sacs : l’un sert à conserver les lettres d’amour, l’autre est conçu pour accueillir des pièces de monnaie ; celui-ci n’est utilisé qu’en soirée, tandis que celui-là accompagne les voyageurs dans le train. L’un s’affiche crânement, l’autre se cache sous les jupes des dames. La variété des matériaux (cuir, tissu, métal, bois, ivoire, plastique, perles de verre ou d’acier, écaille de tortue, etc.) égale la profusion des formes et des tailles.

La muséographie est classique et les cartels explicatifs, plutôt avares, sont souvent mal placés, de sorte que l’on peine à trouver la légende correspondant à tel ou tel objet ; mais l’ensemble offre un spectacle qu’on ne saurait bouder. Il faut simplement admirer plutôt que chercher des informations précises.

Pour clore la visite avec élégance, arrêtez-vous au salon de thé coquettement sis au premier étage de l’édifice. Des salons ornés de peintures et de cheminées des XVIIe et XVIIIe siècles ainsi que des fauteuils bourgeois vous y attendent. Enfin, la boutique du rez-de-chaussée propose, pour les amatrices échauffées par tant de tentations, des sacs de créateurs et des reproductions de quelques pièces emblématiques exposées dans le musée.

 

À noter : jusqu’en mars 2015, une petite exposition intitulée « Forever Vintage » rappelle, s’il en était besoin, combien nos contemporains puisent leur inspiration dans les archives de la mode. Ils se nourrissent des modèles passés, allant jusqu’à les copier parfois. Bienvenue dans le grand cycle du style et de la mode…

 

L'escalier du musée.

L’escalier du musée.

Tassenmuseum Hendrikje, Herengracht 573, Amsterdam. Site Internet : http://www.tassenmuseum.nl/

L’art des unes

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Le Tout va bien, par Adrien Gingold, Paris, Le Tripode, 2014.

Combien de fois, alors que vous alliez au travail par un matin pluvieux, regrettant la douce chaleur de votre lit, avez-vous souri en lisant la une du quotidien local (parfois entachée de fautes d’orthographes, ce qui, vu la brièveté du texte, est tout de même fâcheux) ? Ah, ce réconfort matinal du titre incongru et accrocheur qui échauffe l’imagination !

Adrien Gingold est amateur de ces unes, dont il livre un florilège dans ce joli petit livre bicolore. Impossible de rester de marbre face aux trouvailles des journalistes. On s’interroge, bien sûr, sur les faits divers qui ont donné lieu à ces presque poèmes surréalistes ; on se dit que les gens sont fous, que la violence est partout. Mais plutôt que d’en pleurer, on a envie d’en rire. En une époque où tout semble noir, où la crise est partout (économique, morale, sociale), quel bonheur que d’évacuer le stress en lisant ces pages !
Il y a les homicides qui laissent rêveurs (« Il tue son beau-père en lui tirant le slip », La Dépêche), les tragédies traitées à l’humour noir («Suicidaire, il essaye de se faire dévorer par des tigres… qui n’en veulent pas », Libération), les batailles façon Ivanhoé (« Des proxénètes se battent à l’arbalète dans le bois de Boulogne », Direct Matin), les nouvelles qui incitent à se poser des questions sur l’infinie sottise humaine (« Pour éviter l’Ukraine, un avion de Malaysia Airlines passe au-dessus de la Syrie », Huffington Post), et les faits insolites purs (« Des enfants évacués d’une piscine après qu’une prothèse de jambe a été prise pour un pédophile », The Independant). D’autres titres mettent en relief les dérives de la société contemporaine, et sous l’amusement affleure l’inquiétude…

Le temps d’un trajet de métro, pendant votre pause-déjeuner, le soir avant de dormir, vous le lirez d’un trait, puis le relirez, car la saveur de ces titres ne s’émousse pas.

Vive l’antidépresseur livresque !