Un chant mélancolique venu du Nord

Le Palais de glace, par Tarjei Vesaas, Paris, Cambourakis, 2014.

Le Palais de glace, par Tarjei Vesaas, Paris, Cambourakis, 2014.

De ce livre, je ne dirai que quelques mots, car il est de ces beautés qui ne se laissent saisir par la langue. L’analyser me paraîtrait vain, le résumer sacrilège.

De la première à la dernière page, baigné dans une atmosphère à nulle autre pareille, faite de froide mélancolie et de poésie lumineuse, il enveloppe le lecteur et le plonge sous la glace. Celle qui recouvre la cascade jusqu’à former un palais merveilleux ; celle du souvenir, plus réel que le présent ; celle des promesses qui contraignent et donnent un sens à l’existence ; celle de la tristesse, sourde, omniprésente.

La mort et la vie s’y côtoient sans réelle frontière, reliées par les émotions et les sentiments d’une enfant, Siss, et de son amie à la vie à la mort, Unn. Pour ne pas gâcher votre lecture – car il FAUT lire ce roman –, je ne raconterai rien de l’histoire. Sachez seulement que Tarjei Vesaas, immense auteur du XXe siècle, a su transcrire avec une sobriété géniale la magie de ces choses indicibles qui palpitent en nous. Les secrets, la mémoire, le rapport aux autres, tout y est, subtilement imbriqué. Rien de forcé, encore moins de pédant, tout est juste et ahurissant de profondeur. Et puis, il y a la nature. Les Scandinaves ne cesseront jamais de me fasciner par leur aptitude à peindre le monde dans lequel ils vivent, rendant l’environnement plus vivant que les hommes, presque sacré. Oui, c’est le mot. Sacré.

Le Palais de glace (Is-slottet) date de 1963. Traduit une première fois en français en 1975, il fait ici l’objet d’une nouvelle traduction. Je ne sais ce que valait la première, ne l’ayant pas lue, mais celle de Jean-Baptiste Coursaud est un régal. L’onirisme en bénéficie, qui étend sans entraves ses ailes blanches sur le lecteur.

Ils ont prêté vie et lumière à ce bloc de glace mort, ainsi qu’aux heures mutiques qui viennent après minuit. Avant leur arrivée, la cascade grondait en pure perte avec une tristesse morne ; le colosse de glace se réduisant à en être la mort muette, terminée. Les hommes ignoraient ce qu’ils avaient apporté – avant de se retrouver pris au piège du jeu entre ce qui existait déjà et ce qui allait arriver.

 

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