Au cœur des objets du musée du quai Branly

L’installation actuellement présentée dans le « cabinet de curiosités » de la mezzanine centrale du musée du quai Branly permet de se familiariser avec les nouvelles techniques utilisées pour étudier, conserver et restaurer les objets présents au sein des collections ethnographiques. C’est, pour le visiteur, une occasion rêvée de passer dans les coulisses.

Scanner d'une oeuvre (masque kanak).

Scanner d’une œuvre (masque kanak). © Musée du quai Branly, photo Christophe Moulherat. Avec la collaboration de Chloé Vaniet de la société Xtremviz

L’usage des techniques de pointe (imagerie numérique 3D, scanner, impression 3D ou photogrammétrie pour les objets en plumes et en cheveux) est en train de modifier la façon dont on travaille sur les objets patrimoniaux. Archéologues, anthropologues, historiens de l’art, conservateurs et restaurateurs, en collaboration avec des radiologues, des anatomistes et des médecins légistes, bénéficient de ces avancées. Dès 1896, on avait pensé à utiliser la radiographie pour percer le mystère des momies égyptiennes ; la mise au point du scanner à rayons X, au début des années 1970, avait permis de pénétrer dans la matière des pièces composées. Les progrès continus dans ces différents domaines et le développement de l’imagerie numérique permettent aujourd’hui de scruter l’intérieur d’une œuvre sans nuire à son intégrité (on pourrait presque parler de fouille virtuelle), et même de la reproduire, sur ordinateur ou matériellement. On peut ainsi l’étudier autant de fois que voulu sans jamais risquer de l’abîmer, puisque l’on ne travaille plus sur le seul original. On peut aussi la restaurer de manière ciblée – comme on opère des humains de manière précise grâce aux mêmes techniques. C’est une véritable révolution !

Percer l’enveloppe sur laquelle bute le regard, révéler ce qui est normalement caché, c’est se donner la possibilité de mieux comprendre comment a été fabriqué l’objet et quelle est sa fonction. C’est mettre au jour une structure que peuvent interpréter les chercheurs, comme le montre, par exemple, l’étude des masques kanaks. Lors de la campagne de restauration de ces objets fragiles et complexes, que l’on a soumis aux nouvelles techniques d’imagerie numérique 3D, on a en effet découvert que la structure interne supportant la masse des cheveux était semblable à celle des dômes cérémoniels kanaks. Ne restait plus (si l’on peut dire) aux anthropologues et ethnologues qu’à en tirer hypothèses et conclusions.

Paquet funéraire

Paquet funéraire (fardo), culture chancay, Pérou, 1100-1450. © Musée du quai Branly, photo Patrick Gries, Bruno Descoings

Scanner du paquet funéraire. © Musée du quai Branly, photo Christophe Moulherat. Avec la collaboration de Chloé Vaniet de la société Xtremviz

Scanner du paquet funéraire. © Musée du quai Branly, photo Christophe Moulherat. Avec la collaboration de Chloé Vaniet de la société Xtremviz

Autre exemple très intéressant présenté dans l’installation, celui d’un paquet funéraire (fardo) chancay (Pérou, 1100-1450). Grâce aux nouveaux procédés, on a pu déterminer qu’il contenait le corps d’un enfant de 5 à 6 ans placé en position fœtale, tête en bas. Entouré d’épis de maïs et d’outils de filage destinés à l’accompagner dans l’au-delà, il portait un collier de perles en pierre et tenait dans chaque main une pièce en métal perforée. Avec une imprimante 3D, les chercheurs ont reconstitué son crâne, qui présente des déformations physiques volontaires typiques de la culture chancay, et l’une de ses mains. Toutes choses fort utiles et inconcevables auparavant.

Parce qu’elles permettent de voir l’invisible, les techniques d’imagerie numérique sont particulièrement précieuses pour l’étude des objets dits magiques, qui se caractérisent par l’accumulation d’éléments dont la composition (le processus créatif), aussi bien que le matériau, sont significatifs. Divers exemples sont présentés, parmi lesquels celui d’une statuette magique hoyo d’Afrique centrale.

Statuette magique, population hoyo, Cabinda (Angola), avant 1933. © Musée du quai Branly, photo Patrick Gries

Statuette magique, population hoyo, Cabinda (Angola), avant 1933. © Musée du quai Branly, photo Patrick Gries

Scanner de la statuette magique hoyo. © Musée du quai Branly, photo Christophe Moulherat. Avec la collaboration de Chloé Vaniet de la société Xtremviz

Scanner de la statuette magique hoyo. © Musée du quai Branly, photo Christophe Moulherat. Avec la collaboration de Chloé Vaniet de la société Xtremviz

Certes, ces études matérielles ne suffisent pas, la fonction et le sens de l’objet magique étant intrinsèquement liés à son usage et son contexte de création. Mais elles constituent une base précieuse, tant pour la connaissance de l’objet physique que pour son étude ultérieure par les anthropologues et les ethnologues.

Confirmant des intuitions, affinant nos connaissances, ouvrant des pistes de réflexion inédites, facilitant la diffusion des informations vers un public élargi, le progrès technique est ici l’indéniable allié du patrimoine.

L’anatomie des chefs-d’œuvre, musée du quai Branly, mezzanine centrale, jusqu’au 17 mai 2015. Plus d’informations ici.

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