Déchiffrer la peau

La Peau. Totem et Tabou, par Christine Bergé, Neuilly-lès-Dijon, Le Murmure, 2015.

La Peau. Totem et Tabou, de Christine Bergé, Neuilly-lès-Dijon, Le Murmure, 2015.

Dans ce bref essai paru au sein de la bien nommée collection Borderline, Christine Bergé, anthropologue et philosophe, s’interroge sur la peau, la peau humaine, fragile enveloppe porteuse de significations multiples.
La pensée de l’auteure, souvent complexe, entraîne le lecteur dans une promenade thématique qui traverse le temps, l’espace et lie en un va-et-vient constant le physique et le psychique.
Christine Bergé a choisi d’aborder son sujet à travers quatre objets phares, étudiés successivement et de manière autonome. Chacune des sections ainsi constituées offre une foule d’informations et de pistes de réflexion, rendant ces quelque 80 pages plus fertiles qu’on eût pu le croire de prime abord.

Le premier chapitre conte l’histoire d’un livre d’astronomie relié en peau humaine. La peau d’une comtesse phtisique amoureuse des constellations (c’est presque trop merveilleusement décadent pour être vrai). Il nous transporte à la fin du XIXe siècle, dans l’univers intime et scientifique de Camille Flammarion, amoureux des astres et de la peau des femmes, à qui fut légué cet étrange bien.
Le deuxième pénètre le secret des momies, de leur confection à leur strip-tease forcé, quelques millénaires plus tard, sous la main curieuse et indiscrète des scientifiques. C’est l’occasion de décrire les rituels de préparation des corps des défunts tels qu’ils ont évolué des premiers Égyptiens à ceux de la période hellénistique. C’est aussi une fenêtre ouverte sur le travail des spécialistes au sein des musées, qui effeuillent l’énigme, bandelette après bandelette.
Le troisième chapitre met en vedette les talismans de Catherine de Médicis, à mi-chemin de l’histoire et de la légende (noire). La reine aurait en effet porté, à des fins de protection, une médaille, dont on connaît des reproductions, et une peau de vélin couverte de figures et de caractères empruntés à diverses langues – pratique usuelle depuis l’Antiquité. De cette peau, on ne conserve que des témoignages écrits ultérieurs. Dans ces pages, l’auteure dépeint l’étroite relation qui existe entre christianisme et occultisme en cette Renaissance où fleurit la cabale chrétienne, dans le sillage des géniaux Marsile Ficin et Pic de la Mirandole. C’est aussi le temps de la publication de l’un des plus célèbres manuels de magie qui soient, sous la plume d’Henri Cornélius Agrippa.
Le quatrième et dernier chapitre abandonne l’histoire pour analyser avec subtilité les dessous et ressorts du close-up photographique, détaillant notamment le portrait de l’activiste politique maori Tame Iti, au visage tatoué d’un moko traditionnel. Cette dernière partie, plus encore que les précédentes peut-être, mêle anthropologie, esthétique et philosophie, sans oublier la voix personnelle de celle qui a su ouvrir nos perspectives et stimuler notre curiosité avec un art consommé.

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Une réflexion sur “Déchiffrer la peau

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