Lettres d’un poète du siècle

Correspondances, de Valence Rouzaud, Paris, Thierry Sajat, 2012.

Correspondances, de Valence Rouzaud, Paris, Thierry Sajat, 2012.

L’auteur m’a envoyé cet ouvrage et je l’en remercie. Il est toujours délicat de faire la critique d’un envoi, car on craint de froisser ou de sembler ingrat. Mais j’avais été claire : je serais sincère dans ma recension, comme je le suis toujours. Voici donc, en quelques lignes, mon avis sur ce recueil de lettres rédigées au cours d’une quinzaine d’années (jusqu’à leur publication, en 2012).

Je commencerai par émettre quelques regrets quant à l’objet livre lui-même : le volume n’est pas très élégant et, surtout, le travail éditorial (correction, typographie, mise en page) est largement insuffisant. C’est dommage, car cela nuit à la mise en valeur des textes. Mais assez parlé du contenant. Concentrons-nous sur l’écrit.

Valence Rouzaud est un poète contemporain, peu prolifique mais habité par sa mission – sa vocation même. Les lettres ici rassemblées constituent à la fois un manifeste et un art poétique :

Choisir un mot, l’aimer passionnément, retrouver son essence et le relier à d’autres : voilà mon travail, mon apothéose. Rien de plus, rien de moins – et rien d’autre.

Elles s’inscrivent dans la tradition épistolaire littéraire, en ce sens que, même lorsqu’elles sont adressées à un individu identifié, elles ont une qualité universelle qui trahit leur destination publique ; elles ont d’ailleurs paru dans des revues avant d’être réunies dans ce recueil.

Qu’y lit-on ? Un portrait en creux de l’auteur en poète rebelle, un peu désabusé ; une critique du monde de l’édition et des médias dominants, teintée d’amertume et tendant à la déploration (l’auteur regrette manifestement d’être trop peu lu) ; enfin, une réflexion sur l’acte poétique, au sens étymologique.
Valence Rouzaud compose ses lettres en poète, jouant avec les mots, les sens. Les figures de style abondent, notamment celles, telle la métaphore, permettant la mise en relation du concret et de l’imagé. Elles édifient un univers mental original où nous sommes conviés le temps de la lecture. L’auteur multiplie également les formules frappantes ou les maximes personnelles. Trop, à mon goût : l’accumulation me les rend moins brillantes, comme des diamants jetés au milieu d’un amoncellement de pierres rutilantes. Il n’en reste pas moins que les pensées qu’elles véhiculent suscitent la réflexion. Les formules les plus simples me paraissent parfois les plus riches. Par exemple : « Le poème comme le rêve, c’est personnel.» Un véritable sujet de dissertation !
Intéressantes aussi, les lettres où s’épanouit l’évocation des poètes qui ont les faveurs de l’auteur : Musset, au premier plan, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire ou encore Nerval, à propos duquel il écrit joliment :

Une nuit il se pend, signifiant que l’art poétique est la forme ultime du vécu.

Dans un style où l’afflux de sens l’emporte souvent sur la chair des mots (perception subjective, je vous l’accorde), c’est ainsi une vision singulière de la poésie et du monde qui est livrée au lecteur. Une pensée qui refuse le compromis. La compromission. Affirmant son idéal et clamant l’infinie supériorité de l’âme poétique libre sur une société engoncée dans la médiocrité et le prêt-à-penser. Sur ce point, nous ne pouvons que suivre l’auteur…

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