L’inénarrable Mr Gorey

I really think I write about everyday life. I don’t think I’m quite as odd as others say I am. Life is intrinsically, well, boring and dangerous at the same time. At any given moment the floor may open up. Of course, it almost never does; that’s what makes it so boring.

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© The Edward Gorey Charitable Trust

Je ne ferai pas ici la critique d’un titre en particulier, ni l’analyse de l’œuvre dans son ensemble (ce serait franchement prétentieux de ma part). Je souhaite simplement partager mon goût pour un écrivain et dessinateur de génie, en espérant le faire découvrir à ceux qui n’auraient pas encore croisé sa route.

Edward Gorey (1925-2000) compte des fidèles partout dans le monde. En bons disciples, ils répandent sa parole. Quelle est-elle ? Difficile à dire. Gorey n’est pas l’homme d’un message univoque. Il est au contraire l’incarnation de l’excentricité.
Sa vie, sa mise, son œuvre, tout clame une originalité affirmée. Une liberté réelle.

Une des illustrations des Enfants fichus (The Gashlycrumb Tinies).

Une des illustrations des Enfants fichus (The Gashlycrumb Tinies).

La production littéraire et picturale de ce lecteur aussi boulimique qu’éclectique révèle un artiste subtil, toujours attentif aux mots, à leur poésie intrinsèque. Magicien sans pareil, il génère avec ses illustrations en noir et blanc un univers attachant, immédiatement identifiable.
La mélancolie latente est une de ses caractéristiques. Ses personnages sont toujours distants, isolés dans leur propre dimension, comme Mr Earbrass, écrivain fantasque de La Harpe hagarde – comme Gorey lui-même peut-être ? Le fossé entre le monde des enfants, qui savent encore que l’imaginaire et le réel sont perméables, et celui des adultes, tristement prosaïque, est infranchissable, et la vision de la famille désenchantée (en particulier dans la trilogie des Treehorn, dont le texte a été imaginé par Florence Parry Heide, amie de Gorey). Les dialogues, si on peut les nommer ainsi, portent le sceau de l’absurde. La cruauté peut aussi affleurer, comme dans les chefs-d’œuvre que sont Les Enfants fichus (délectable abécédaire à l’humour noir tranchant) et Le Couple détestable, inspiré d’un fait divers.

Une des illustrations de L'Aile ouest, recueil de dessins sans texte.

Une des illustrations de L’Aile ouest (The West Wing), recueil de dessins sans texte.

Outre l’incommunicabilité, on retrouve partout l’impression de vide. Même surchargées de détails (Gorey affectionne les décors riches en papiers peints fleuris et autres tapis aux motifs dévorants), les illustrations à l’encre noire véhiculent une impression ineffable de solitude et d’étrangeté. D’atemporalité aussi. Tantôt les silhouettes et le mobilier évoquent la fin du XIXe siècle, époque que le singulier érudit affectionnait, tantôt elles sont des miroirs des années 1960 ou 1970, ou encore renvoient aux Années folles…

Gorey, c’est enfin un surréalisme délicat et tendre, qui donne naissance à des personnages et des créatures irrésistibles, comme l’animal indéterminé qui s’installe
à demeure dans L’Invité douteux, ou les bêtes farfelues qui composent le recueil Total Zoo (je fonds personnellement pour cette masse de poils aux yeux ronds qu’est le Yawfle). Sans parler des inventions de mots et textes en forme de listes, qui n’auraient pas déplu aux surréalistes français !

À déguster en anglais pour goûter l’écriture de Gorey dans sa forme originale, ses écrits et dessins peuvent également être découverts en français grâce au merveilleux travail des éditions du Tripode (et, auparavant, des éditions Attila, dont elles sont issues) qui se sont lancées dans la publication de l’œuvre intégrale du maître aux pelisses. Pour l’heure, dix titres sont disponibles. Le soin apporté à la traduction, à la mise en page, à la reproduction des illustrations rend hautement désirable chaque titre. Une fois que l’on commence la collection, impossible de s’arrêter…

Si vous voulez en savoir plus sur Edward Gorey, vous pouvez cliquer ICI ou LA.

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Une réflexion sur “L’inénarrable Mr Gorey

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