La comédie macabre de Mr Benatar

1540-1

Daisy, Daisy, de Stephen Benatar, Paris, Le Tripode, 2016.

Les Anglais sont souvent considérés comme les maîtres de l’humour, noir ou non, des auteurs subtils, dotés d’un je-ne-sais-quoi qu’on leur envie. Cliché que tout cela, dites-vous. Eh bien, lisez ce Daisy, Daisy et l’on en reparlera.

De Stephen Benatar, j’avais adoré l’exquis La Vie rêvée de Rachel Waring, si drôle et poignant à la fois (mais sans mièvrerie ; il s’agissait plutôt d’une mélancolie prenante qui ne vous lâchait plus, même une fois le livre refermé). Cette année, c’est un autre roman né de sa plume que nous offre le Tripode, dans l’impeccable traduction de Christel Paris. Les points communs avec le précédent opus ne manquent pas : un style enlevé et qui cache sa subtilité sous un air de facilité trompeur ; des références multiples à la culture anglo-saxonne, avec, en particulier, une place importante laissée au cinéma et à la musique ; des personnages plus vrais que nature, fouillés, complexes ; de l’humour noir, parfaitement dosé ; et puis, cette incroyable habileté pour montrer le monde à travers les yeux des personnages, pour laisser le lecteur juge de ce qui est vraiment et de ce qui est pensé, perçu. Quel talent en la matière, j’en reste une fois de plus comme deux ronds de flan. Et tout cela sans que la technique paraisse : vous cherchez comment le miracle se produit, mais le maître Benatar est un prestidigitateur qui cache ses trucs. Ne reste que l’effet produit : on est dans la tête des personnages, on observe le monde et les autres par leurs yeux, sans jamais pouvoir saisir une quelconque objectivité du monde, des situations.

Les vies de Daisy, la protagoniste, passablement énervante, égocentrique, et cependant attachante, et de sa belle-famille, les Stormont, sont déroulées, les décennies sont passées au crible des souvenirs (l’auteur recourt aux sauts chronologiques avec brio, mêlant les strates du passé, les existences, les croisant parfois). Ce sont des décennies marquées par le ressentiment, l’amertume, la frustration, vérolées de mensonges, qui explosent finalement — ou implosent, devrais-je dire. Avec cruauté. Et une méchanceté mâtinée de sénilité artistiquement dépeinte. La dimension macabre et sans pitié de Daisy, Daisy, non permanente mais magistrale, est en effet des plus réjouissantes. Si si, je dis bien réjouissante. Lisez, vous dis-je, et vous comprendrez. Je ne vais pas tout vous dévoiler tout de même !

Cerise sur le pudding, cette satire pétillante et grinçante se voit dotée d’un écrin beau comme tout, solaire, et plaisant à tenir en main. Encore une belle réussite… All hail, Le Tripode!

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s