Photographier le crime

 

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Seine de crimes. Morts suspectes à Paris, 1871-1937, sous la direction de Philippe Charlier, Monaco, Éditions du Rocher, 2015.

Philippe Charlier est un homme occupé. Outre ses fonctions universitaire, scientifique et hospitalière, il écrit et coordonne des ouvrages. Parmi ceux-ci, j’ai lu récemment Seine de crimes. Qui, comme l’indique le titre de manière ramassée, s’intéresse à la criminalité de Paris et sa région. Mais pas sous n’importe quel angle : il s’agit d’un recueil de photographies concernant des crimes datés de 1871 à 1937 et conservées à la préfecture de police de Paris.

Les clichés reproduits montrent les cadavres et les scènes de crime – âmes sensibles s’abstenir. On y voit les débuts d’une démarche visant à fixer le plus objectivement possible la réalité des faits, dans l’intérêt de l’enquête. Les textes accompagnant les images, qui oscillent entre description clinique, note informative et humour (que je ne goûte pas toujours), permettent d’apprendre bien des choses sur les méthodes policières et médico-légales de l’époque, ainsi que sur leur évolution.

Ce passionnant retour sur les origines de l’anthropométrie, de la dactyloscopie, de la science médico-légale et des investigations criminelles modernes nous plonge dans l’univers du meurtre et des criminels de tout poil. Alors comme aujourd’hui, les causes du carnage sont les mêmes : argent, jalousie, désespoir…  En contrepoint à cette immersion, le lecteur trouve dans la seconde partie de l’ouvrage huit chapitres très denses rédigés par des spécialistes autour de thèmes variés : l’autopsie, les questions de droit du mort et de la mort, la guillotine, la criminalistique, la responsabilité pénale en rapport avec l’évolution de la psychiatrie, etc. L’idée, écrit Philippe Charlier, est de proposer un ensemble d’études utiles et pédagogiques ; cette affirmation sert à repousser l’idée selon laquelle ce livre pourrait ne concerner qu’un lectorat animé d’une curiosité malsaine. Certes, cet ouvrage est riche d’enseignements. Mais ne soyons pas hypocrites : il fascine aussi cette part un peu trouble de notre âme. Est-ce malsain ? S’intéresser à la mort n’est-il pas naturel ? Et puis, le crime en dit long sur l’humanité. La façon dont il est étudié, encadré, géré, aussi. Alors si vous appréciez l’anthropologie, avez le cœur bien accroché et souhaitez en savoir plus sur le crime et sa traque durant la IIIe République, n’hésitez plus !

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© Préfecture de police de Paris

Au terme de la lecture, vous aurez peut-être envie de visiter le musée de la Préfecture de police de Paris. Vous trouverez ICI quelques informations à son sujet.

 

 

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