Le théâtre esthétique d’Antoine Platteau

Vitrine d'Antoine Platteau © Colombe Clier 02

L’une des vitrines créées par Antoine Platteau pour la maison mère d’Hermès, à Paris. © Colombe Clier

Qui ne s’est arrêté devant les vitrines de certaines boutiques prestigieuses pour admirer la mise en scène dont elles faisaient l’objet ? Les marchandises y acquièrent une dimension artistique, quittent le strict domaine de la consommation pour devenir des supports d’imaginaire. La vitrine commerciale ou cet autre lieu d’exposition et de rêverie offert à tous…

Le Miroir, projet culturel de la Ville de Poitiers dédié à la mise en lumière de tous les modes d’expression visuelle, et notamment des arts décoratifs, a décidé de braquer les projecteurs sur cet art particulier, et plus précisément sur les réalisations du décorateur Antoine Platteau, chargé depuis 2014 des vitrines du siège de la maison Hermès, faubourg Saint-Honoré à Paris. D’abord styliste et enseignant dans le même domaine, Antoine Platteau s’est ensuite tourné vers l’univers du décor de cinéma et de théâtre. Ses fonctions au sein de la maison Hermès lui permettent aujourd’hui, d’une certaine manière, de concilier les deux secteurs. Car le décorateur est ici un authentique metteur en scène. Une dizaine de vitrines aux noms évocateurs (Les métamorphoses de la matière, Spring is just around the corner, Les étoiles tournent trop vite, par exemple) sont présentées aux visiteurs, exemplaires de la démarche d’Antoine Platteau, qui explique qu’ « il s’agit non pas de présenter des objets, mais de présenter l’idée des objets », ainsi qu’un savoir-faire (des métiers rares sont sollicités pour la réalisation de ces vitrines d’exception) et un certain goût des couleurs, des formes, propre à Hermès.

exposition : " le petit théatre de la démesure" pour la maison Hermès là la chapelle Saint Louis de Poitiers 2016

Vue de l’exposition. © Ville de Poitiers

On découvre à Poitiers le processus d’invention de la vitrine, les collaborations nombreuses qu’il implique, avec des artistes, avec lesquels se crée une sorte de conversation fertile, loin des habituelles commandes cadrées et figées, et avec des artisans, dont ceux de la maison Hermès qui inventent pour chaque décor, chaque saison, des objets singuliers. La réflexion préliminaire autour des couleurs, des matières, des formes des produits commercialisés par Hermès, permet d’imaginer le cadre général du décor ; les premiers dessins suivent, puis la constitution de maquettes, semblables à des petits théâtres. Théâtres fantasmagoriques appelés à devenir grands, où les objets sont les acteurs d’une dramaturgie éphémère et hautement esthétique, pour le bonheur des yeux des passants.

24 Faubourg Saint-Honore, Paris, automne 2015Grande vitrine

Alors que la maison est en travaux, Antoine Platteau crée une mise en abîme avec la série de vitrines intitulée « Patience et longueur du temps », qui met en scène un chantier imaginaire. © Colombe Clier

Le petit théâtre de la démesure. Exposition des vitrines d’Antoine Platteau pour la maison Hermès, chapelle Saint-Louis du collège Henri-IV, du 19 juin au 18 septembre 2016, entrée libre. Plus d’informations ICI.

De Norma Jeane à Marilyn

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André de Dienes. Marilyn, édition sous la direction de Steve Crist et Shirley T. Ellis de Dienes, Taschen, 2015.

Comme des millions d’autres personnes, j’éprouve à l’égard de Marilyn Monroe une fascination pérenne, doublée d’une tendresse inexplicable. Bien que star, surmédiatisée, exploitée jusqu’à l’écœurement par la postérité, Marilyn Monroe conserve miraculeusement sa dimension humaine, fragile, une part de mystère qui ne réside pas tant dans sa biographie, scrutée à l’envi, que dans ces clichés innombrables qui tout à la fois la révèlent et la dissimulent à nos regards indiscrets.

On sait qu’il y a pléthore de livres dédiés à l’icône blonde, des livres de photos surtout, des biographies et des essais aussi ; mais ce volume a ceci de particulier qu’il unit des photographies mythiques à un témoignage textuel beaucoup moins connu : les mémoires d’André de Dienes, plus précisément la partie de ces mémoires concernant Marilyn, dont le tapuscrit annoté est reproduit en fac-similé (des extraits en sont donnés de manière classique dans la première moitié du livre, afin d’accompagner la présentation des images). Le photographe de mode rencontre Norma Jeane Baker Dougherty en 1945. Leur collaboration professionnelle, aussi profitable à l’un qu’à l’autre en ces années où leurs carrières respectives ne font que commencer, se double instantanément d’une histoire d’amour (ils se fianceront même), puis, après la séparation, d’une amitié durable. Sous l’objectif amoureux de l’artiste d’origine hongroise, on assiste à la transformation de Marilyn, à la construction opiniâtre de la légende. Grâce à sa plume enlevée, on pénètre un peu l’existence d’une jeune femme ambitieuse, volontaire, travailleuse. Avec tendresse et humour, de Dienes relate des moments de vie, qui en disent long sur lui, bien sûr (l’intérêt de ce texte est de n’être pas prétendument objectif, mais au contraire ouvertement subjectif et personnel), mais aussi sur cette Marilyn, intime et publique, dont il a conservé pour nous l’éclat sans égal.

Aux côtés des clichés les plus fameux — notamment ceux de la jeune femme, déjà blondissante mais pas encore tout à fait transformée en vedette hollywoodienne, jouant les pin-up sur une plage de Long Island en 1949 —, on découvre d’autres portraits rares. La jeune mannequin devenue actrice puis star y dévoile ses divers visages, ici joueuse, là mélancolique, tantôt glamour, tantôt naturelle. Toujours unique en son genre.

Sur l’une des pages reproduites, à côté de clichés rassemblés sous l’intitulé Study in sadness, de Dienes écrivit (c’est lui qui souligne) :

She could be effervescent, bubbling with joy, or act sad and tormented, lonely! She was all that, genuinely!

Chaque page en témoigne.

Cet ouvrage est ainsi un must have pour tous ceux qui aiment Marilyn Monroe. Et une belle occasion d’apprendre à connaître André de Dienes.