Salomé : mythes, arts et fantasmes

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Salomé. Destinées imaginaires d’une figure biblique, par Paul-André Claudel, Paris, Ellipses, 2013.

Je fais partie de ces gens qui sont obsédés par la figure de Salomé. D’abord parce que je suis très jeune tombée amoureuse des peintures de Gustave Moreau sur ce thème, et de la pièce d’Oscar Wilde, écrite en français s’il vous plaît. Ensuite parce qu’y domine le motif de la décapitation. Enfin parce que cette princesse, à l’origine personnage plus que mineur des Évangiles, est devenu une sorte de personnification sublime de la femme fatale, sous la plume et le pinceau, notamment, des artistes de la fin du XIXe siècle.

Il m’était par conséquent impossible de n’être pas subjuguée.

Parmi mes lectures du moment sur ce thème, un livre paru en 2013 aux éditions Ellipses. Comme tous les titres de la collection «Biographies et mythes historiques», cet ouvrage présente l’avantage d’être à la fois solide du point de vue du fond (la bibliographie en est un indice) et plaisant à lire — pas de lourdeurs érudites, de notes sans fin comme dans les essais universitaires. Bien sûr, si l’on veut aller plus loin, obtenir des précisions, il faut prendre la peine de chercher ailleurs par soi-même. Mais on a avec ce volume une vue d’ensemble satisfaisante, qui permet de découvrir, siècle après siècle, nombre d’œuvres d’art dédiées à la belle Juive, au saint chef décollé et au roi Hérode (qui en prend généralement pour son grade, tout comme son épouse Hérodiade).

L’auteur, après avoir posé le contexte historique, commence par analyser la source première, à savoir les brefs récits contenus dans les Évangiles de Marc et Matthieu, qui demeurent peu bavards sur le sujet et ne prennent pas même la peine de nommer la danseuse honnie, simplement désignée comme la fille d’Hérodiade. Il montre ensuite le destin théologique et artistique du festin macabre, de la littérature patristique aux réécritures médiévales, l’essor du mythe et sa transformation à la Renaissance, surtout par le biais des arts picturaux, qui se délectent des représentations de la belle tenant le chef coupé de Jean le Baptiste. Après une relative éclipse à l’âge classique (luxure et sanglantes exécutions ne sont plus au goût du jour), il explore le regain d’intérêt pour Salomé à l’âge romantique, avec Atta Troll de Heine en particulier, puis l’apothéose fabuleuse de l’époque décadente et fin-de-siècle, qui fait de Salomé un de ses phares, en littérature, en peinture, en musique, et même du côté de la danse. Là, les noms d’artistes ayant exploré le thème pleuvent : Flaubert, Huysmans et Moreau, Mallarmé et Wilde, bien sûr, mais aussi Lorrain, Samain, D’Annunzio, Milosz, et en peinture Regnault, Redon, Klimt, pour ne citer que quelques-uns des plus connus. On ne sait plus où donner de la tête, si j’ose dire. Le XXe siècle n’est pas oublié, qui vient conclure 2000 ans d’interprétations échevelées du mythe, le portant entre autres au cinéma (ah ! le Salomé de Charles Bryant avec la divine Nazimova !).

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Salomé dansant devant Hérode, par Gustave Moreau, 1874-1876, Los Angeles, Hammer Museum. © Hammer Museum, Photo Robert Wedemeyer

Certes, il est des passages du livre qui m’ont moins convaincue, comme cette insistance à vouloir donner de Salomé une biographie historique (c’est souvent creux), certaines hypothèses un peu vaines et quelques commentaires personnels dont on se serait passé. Mais l’auteur prend visiblement plaisir à écrire sur ce thème, joue de la langue (les titres des chapitres sont assez savoureux), ajoute parfois une pointe d’humour noir, et, somme toute, rend la lecture de son étude fort agréable.

Ne reste plus au lecteur qui achève l’ouvrage qu’à lire ou relire les quelques dizaines d’œuvres dont il a imprudemment noté, au fil des pages, les titres. Au travail !

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Une réflexion sur “Salomé : mythes, arts et fantasmes

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