Le roman de Jean Harlow, comète platine

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Platine, de Régine Detambel, Arles, Actes Sud, 2018.

Jean Harlow, pour tous les amoureux du cinéma hollywoodien de l’âge d’or, est une légende. Première bonde platine (du moins, la plus célèbre des années trente), actrice au sourire ravageur et à la plastique exploitée à outrance par les studios, elle fut l’un des modèles revendiqués par Marilyn Monroe, et par bien d’autres blondes platine des années cinquante et soixante, au point qu’un film lui fut consacré (Harlow, 1965 – film de la Paramount sur une star de la MGM).

J’ai vu par le passé de nombreux films de Miss Harlow, et je connaissais évidemment sa fin tragiquement précoce (elle est morte à 26 ans, après d’atroces souffrances) ; j’avais regardé ses photos, aimé sa fraîcheur, qui parvenait à s’exprimer en dépit du maquillage outrancier et des cheveux malmenés par le fer à friser et les décolorations agressives). Mais le livre de Régine Detambel jette une autre lumière sur cette figure emblématique du glamour. Dans un style extrêmement travaillé, l’auteur peint sa vie de comète, en s’appuyant vraisemblablement sur des sources nombreuses et solides. Parfois elle laisse parler (enfin, penser, devrions-nous dire) la mère, possessive, le beau-père, malsain, ou Harlean elle-même – Harlean, pas Jean : Régine Detambel tient à présenter la femme et non la créature cinématographique, qui a choisi comme pseudonyme le nom de jeune fille de sa mère (docteur Freud, êtes-vous là ?).

Le texte, relativement bref, replace la jeune femme à la vie douloureuse dans son époque : de sa jeunesse dans les années vingt à la gloire absolue dix ans plus tard, en famille ou parmi les stars. On est immergé dans l’atmosphère des studios, on observe le poids écrasant d’une machine bien huilée, qui crée, contrôle, aliène ses acteurs et actrices. Combien furent broyés ? Cette présentation, qui sonne juste, n’est cependant pas documentaire. Il ne s’agit en aucun cas d’une biographie classique. Certes, le récit suit le fil chronologique, mais c’est un roman, comme l’indique d’ailleurs la couverture. C’est peut-être ce qui a fait son succès.

Une fois le volume refermé, impossible de n’avoir pas envie de voir ou revoir les nombreux films de celle qui fit fantasmer, à un point que l’on ne saurait imaginer aujourd’hui, les États-Unis et l’Europe, et ce, avec un œil neuf, plus sensible à la (très jeune) personne qui existait sous les fards, la soie, les boucles trop rigides et le maquillage. Une personne qui a énormément souffert, mais reste dans notre imaginaire, à mille lieues de la sordide réalité, l’une des créatures les plus lumineuses qu’ait enfantées le cinéma.

Harlow, Jean_NRFPT_17

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