Petites pensées surréalistes

Coleman-_-couverture-_-vignette

Les Coleman, Brève histoire de l’igloo africain, Caen, Le Grand Tamanoir, 2017

Pour commencer, disons ce que ce livre n’est pas : une histoire brève, une nouvelle. On pourrait le croire, vu le titre, mais non ! En ces pages, vous trouverez une ribambelle d’aphorismes, pensées et autres petites phrases, en anglais et en français.

Les Coleman (1945-2013), « Magritte des mots » selon Michel Remi (qui signe l’édition et la traduction de ce recueil), se joue des expressions toutes faites, des sens propre et figuré, et redonne vie aux mots. Sous sa plume d’auteur surréaliste naissent des formules amusantes, curieuses, parfois poétiques. Si certaines de ces petites phrases semblent sans grand intérêt (méfiez-vous des apparences !), d’autres ouvrent des espaces oniriques, bousculent nos codes et habitudes, chamboulent nos repères. D’autres encore font sourire. Toutes provoquent la réflexion sur les mots et l’usage que nous en faisons – l’oubli où nous les tenons, aussi, quand nous les employons par habitude, sans même y penser, niant leur pouvoir et leur chair. En voulez-vous quelques exemples ?

We are blind to the invisible.
Nous sommes aveugles à l’invisible.

The destination of the merry-go-round remains unknown.
La destination du manège reste inconnue.

The only difference between words is that they are spelt differently.
La seule différence entre les mots est qu’ils s’écrivent différemment.

Chairs sit around patiently waiting for the table to talk.
Les chaises étaient assises autour de la table à attendre patiemment qu’elle se mette à parler.

Mattress: night’s raft.
Matelas : radeau nocturne.

La traduction de certaines phrases m’a surprise. Pourquoi ce pluriel quand l’anglais usait du singulier, pourquoi cette personnalisation d’une phrase plus générale en V.O., pourquoi ce développement là où il y avait une concision efficace ? On aurait envie d’interroger Michel Remy sur ses choix, de pénétrer sa méthode. À défaut, on médite sur la difficulté de tout travail de traduction littéraire (sujet d’ailleurs abordé à la fin de l’ouvrage, dans une partie appelée « Les intraduisibles »), et plus particulièrement quand il s’agit d’une œuvre de ce genre, où l’auteur joue sur les doubles sens, le propre et le figuré, les expressions idiomatiques, les connotations, bref, toutes choses qui, par essence, existent dans une langue sans pouvoir toujours être transférées dans une autre.

Cerise sur le gâteau : quelques dessins de l’auteur accompagnent le texte, porteurs de la même magie légère et amusée, sans prétention. L’ensemble permet au lecteur une évasion plaisante, et donnera peut-être à certains l’envie de créer à leur tour des formules paradoxales qui invitent l’air de rien à penser le monde autrement.

N.B. Si vous souhaitez vous procurer cet ouvrage, rendez-vous sur le site de l’éditeur : http://legrandtamanoir.net/

À découvrir : une autre recension de ce livre, qui me l’a fait connaître : https://alainroussel.blogspot.com/2019/01/journal-de-lecture-les-coleman-breve.html

 

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